Extrait chapitre 18 - L'image
...Contrairement à la première chute, Pascal avait immédiatement perdu pied.
— Comment va-t-il, voulut savoir Dieu ?
— Il est endormi. Son sang bouillonne. Sa tète divague. Son rêve est flou, l'informa Tus.
— Dépose-le sur sol, demanda-t-il à l’ange Terre.
Allongé sur le dos, Pascal revint lentement à lui. Il était nu et pourtant il n'avait pas froid. Il était dans l'inconnu et pourtant il n'avait pas peur. Il était seul et pourtant rien ne lui manquait. Étendu au centre d'un épais brouillard, il ouvrit les yeux sur un immense tableau aux formes voûtées. Dieu lui souhaita la bienvenue.
— Heureux de te recevoir, Pascal ! Si tu veux bien te lever et enfiler la djellaba qui est à tes pieds… Je t'attends.
Au bord de la syncope, Pascal chercha à percer le brouillard. Il chercha à voir le puissant, mais conclut qu'Einstein disait vrai : « Dieu doit aimer jouer à cache-cache ». S'emparant d'un geste rapide de la djellaba marron, il s'en revêtit à la hâte. Debout, mais les jambes faibles, il chercha son chemin à travers l'épaisse brume.
— Ne fais pas un pas de plus, lui conseilla fermement Dieu !
La bruine se divisa en deux. Un couloir apparût Puis un tapis de lumière traça une voie sur le sol.
— Suis l'allée de clarté, dit Dieu. N'aie crainte. Je suis un créateur et non un destructeur. Mon apparence est humaine et je ne suis guère plus armé à cette heure de la journée.
Amusé, mais terrorisé, Pascal fixa la ligne lumineuse.
— Approche, insista Dieu. Fais le pas qui te mènera à moi. Entreprends le voyage qui te conduira vers la grande vérité. Avance sur la ligne. Ne pense plus comme un humain. Tu n'en as plus besoin.
De cet instant, Pascal en avait rêvé des centaines de fois et plus que jamais, il l'espérait réel. Serrant les poings, il regarda autour de lui et assura ses pas. Depuis la mort d'Antoinette, il se l'était promis : « Un jour, je dirai à ce connard de Dieu le fond de ma pensée. » Réalisant la chance qui lui était offerte de le faire de son vivant, il poussa la cadence de ses foulées. Le regard déterminé, la démarche volontaire, il progressait rapidement. Chaque mouvement le rapprochait du but. Chaque mètre franchi le terrifiait. Soudain, à environ 500 mètres du trône, il eut brusquement envie de ralentir. Apercevant les neuf statues qui entouraient le Saint Siège, il comprit qu'il s'agissait d'Anges aux corps démesurés.
Ses yeux cherchaient Dieu. Et pourtant, il ne savait pas à quoi il ressemblait, ni même de quoi il était fait. Mais une chose était sûre : il allait le rencontrer et cette perspective commençait à le faire trembler d'effroi. Sa démarche rapide était devenue une flânerie et il éprouva le besoin impérieux de faire appel à ses souvenirs avant de poursuivre plus avant. Très vite, sa mémoire lui rappela que, si depuis quelque temps il tenait Dieu moins pour responsable de la tournure qu'avait prise sa vie, il ne lui en avait jamais pardonné les grandes lignes. Il s'arrêta. Une multitude de questions se bousculaient dans son esprit embrumé. « Pourquoi moi ? » Se demanda t-il. « Il y a tant de fanatiques de par le monde et il a fallu que ce soit sur moi que ça tombe. » « C'est le Pape qui devrait être ici ! » se répétait-il.
Après plus de 700 pas, il arriva au pied d'un château d'eau au centre duquel se tenait Dieu. Intimidé, il n'osa fixer le Père de la Terre.
— Tu peux relever la tête, lui dit Dieu. Cela est sans effet.
Après quelques instants de réflexion, mélange de peur et d'interrogations, l'humain décida que l'homme n'avait pas à avoir honte de ce qu'il était devenu. « Après tout, conclut-il, ce n'est pas de notre faute si nous n'utilisons que 5 à 7% de nos capacités intellectuelles. Dieu nous a bridés » Sûr de son constat, il gonfla ses petits poumons de courage et releva farouchement la tête.
Dieu était assis sur son trône. Sa toge était d'un blanc lumineux. Ses pieds étaient glissés dans des sandalettes de cuir marron. Son visage ressemblait au vieil homme qu'avait peint Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. Quant à ses yeux, ils étaient si bleus que Pascal les crut faits d'eau indigo.
— Oh My God ! Je suis bon pour l'Enfer, s'exclama Pascal en passant ses mains sur son visage !
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— Pas encore, lui sourit Dieu. Mais attention ! Ici, tout est possible. Quittant son trône, le Créateur marcha sur les eaux au repos du gigantesque réservoir. Voyant arriver Zeus et Apollon sur ses flancs, Pascal perdit son calme.
— Eh ! Au secours !
— Du calme, lui dit Zeus. Je ne vais pas te dévorer. Tu ne m'as encore rien fait.
— Que me veulent-ils, demanda Pascal d'une voix tremblotante ?
— Ils ressentent ta peur et leur rôle est de la stimuler.
« Pourquoi je m'exprime de la sorte ? se demanda Pascal. D'habitude, je ne parle pas ainsi ! »
— Au trône ! Leur ordonna Dieu. En ce qui concerne ta question…, disons que j'ai fais rectifier la façon dont tu t'exprimes habituellement. Ce qui, j'en suis sûr, te sera d'un grand secours lors de nos conversations.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, le plus étonné des deux était Dieu. Oui ! Lui, qui jadis avait créé les humains et développer leurs rêves, n'avait jamais touché ou ressenti ce que pouvait éprouver l'une de ses créations. À un mètre de Pascal, il s'approcha encore d'un petit pas. Sous le lourd silence du Dôme, il posa sa main droite sur la tête de sa créature et palpa sa chevelure. Arrivé à l'oreille gauche, il la pinça légèrement.
— Ça, c'est pour le palais de la Reine Béatrix, dit-il.
Posant sa main droite sur son épaule, il scruta ses grands yeux.
— Tes yeux sont tristes, dit-il. Ton cœur est brisé et ta tête est embrumée.
Complètement retourné, Pascal comprit à quel point la Terre et ses stars étaient des ringards à côté de la grandeur et l'humilité qui se dégageaient de cet être.
Affaibli, presque étourdi, en bon chrétien, il tomba à genoux sur le marbre. Toutefois, avant qu'il n'ait eu le temps de dire ses prières, Dieu le releva et lui demanda de ne pas s'agenouiller, de ne pas s'excuser, de ne pas se rabaisser. Debout, mais silencieux, il fixa le Créateur et lui demanda s'il pouvait toucher sa barbe.
— Oui ! Tu le peux. Mais fais attention ! Le poil est fragile. Ce sont des cheveux d'Ange.
Pascal approcha timidement sa main et effleura délicatement une boucle blanche du bout de ses doigts. Surpris, car la brillante s'illumina, il prit peur.
— Ohhhhh !
Mais alors qu'il faisait face à Dieu, son attention fut attirée par un objet qui s'étalait au pied du trône.
— Vous jouez aux jeux vidéo ? Lui demanda t-il, surprit. |